mardi 15 mai 2012

Vous reprendrez bien un peu de guano ?


                Et on continue notre tour du Pérou en 20 jours, avec la tant attendue…

2ème étape : Paracas, les îles Ballestas et Ica

                Après une étape de montagne longue et exigeante au milieu des glaciers traîtres et des tempêtes de grêle, le corps expéditionnaire (modestement dénommé « Les survivants » au regard des épreuves auxquelles il a été confronté) poursuit vaillamment sa route, dans un environnement bien différent mais tout aussi hostile : les terres inexplorées de Paracas, entre désert aride battu par les vents et océan déchainé bien que Pacifique. Bin oui, excusez l’effet de style, mais si on veut être publiés un jour il faut bien qu’on donne l’impression de voyager au péril de notre vie, ça rajoute à la profondeur du récit et le lecteur s’identifie plus facilement aux personnages. Ah, on me souffle dans l’oreillette qu’il n’a jamais été question que nos aventures soient publiées. Et moi qui pensais écrire pour la postérité…
                Nous disions donc… Après avoir péniblement traîné leurs carcasses sur les flancs de « montagnes » plus apparentées à des collinettes qu’à des sommets infranchissables, les touristes mous et râleurs se dirigent désormais, bien à l’abri dans un bus tout confort avec climatisation et écrans plats, vers l’idyllique Réserve Nationale de Paracas, ses plages de sable fin et ses eaux si calmes que même si on le voulait on ne pourrait pas y boire la tasse. Non, je ne peux décemment pas écrire ça, on perd tout le côté aventure exotique de l’histoire. Je réécrirais bien le passage une 3ème fois, mais vous commencez légitimement à vous demander à quel moment au juste je vais me décider à raconter des choses intéressantes, alors je me lance, tant pis.

                Paracas est un petit port de pêche situé sur la côte sud du Pérou, vivant aujourd’hui essentiellement du tourisme. L’arrivée en bus depuis Lima est pour le moins déroutante : l’arrêt est un petit bâtiment sans murs et au toit de bambou littéralement posé au milieu du désert. A côté, l’hôtel n’a l’air de rien de prime abord mais se révèle bien plus chic que ce qu’on a connu jusqu’à présent à Cajamarca ou à Huaraz. Lieu touristique oblige, on change de standing. Le bord de mer (ou d’Océan Pacifique plutôt) ne se situe en fait qu’à quelques centaines de mètres, ce que les dunes masquaient depuis l’arrêt de bus. Tout le long des quais se bousculent de petits restaurants servant de délicieux poissons frais du matin.
                Depuis le port, on grimpe dans le bateau qui nous emmène jusqu’aux Iles Ballestas, site protégé surpeuplé de milliers (millions ?) d’oiseaux. Fous, cormorans, diverses espèces locales aux caractéristiques plus étonnantes les unes que les autres et même pingouins de Humboldt (petit palmipède sympathique s’il en est mais malheureusement en voie de disparition) se disputent le moindre centimètre de rocher et produisent allègrement une épaisse couche de guano (engrais naturel formé par les déjections de ces charmants volatiles). Par chance, les oiseaux avaient tendance à éviter le sillage de notre bateau, et nous n’avons donc pas fait de mauvaise rencontre avec un objet volant bien identifié, si vous voyez ce que je veux dire... Les gisements de guano étaient connus des Incas. Ils furent exploités de manière intensive dans les années 1900, comme ne témoignent les quelques bâtiments qui subsistent sur les îles, mais depuis la protection du site les prélèvements n’ont lieu que tous les 5 à 7 ans pour ne pas perturber la faune locale.

 Petit intermède : comptez les oiseaux

                En parlant de faune, les oiseaux ne sont pas les seuls habitants des îles Ballestas, loin de là. Sur les promontoires rocheux ou entre deux vagues, on peut apercevoir des lions de mer, mammifères marins cousins des phoques (mais qui s’en distinguent par la présence d’orifices tenant lieu d’oreilles), en train de pêcher ou de se faire dorer la pilule au soleil, c’est selon. Le bateau nous a même menés au bord d’une plage littéralement couverte de lions de mer, d’où se dégageait une sympathique cacophonie, les cris rauques des gros mâles affirmant leur territoire se mêlant aux plaintes plus aigües des bébés appelant leurs mamans. Un superbe spectacle. Inutile de dire que pour nourrir tout ce beau monde, oiseaux plus lions de mer, les eaux du coin doivent être extrêmement poissonneuses. Visiblement le classement du site en Réserve Nationale leur a été plus que profitable.

 Les lions de mer, c'est comme des lions mais dans la mer

                Sur le chemin qui mène du port de Paracas aux îles Ballestas on peut voir, tracé à même la falaise, un gigantesque candélabre (sorte de chandelier  à plusieurs branches) de 200m de haut qui daterait en fait de 1820, bien qu’on ait longtemps cru qu’il avait été dessiné à la même époque que les fameuses lignes de Nazca. Les théories les plus folles se déchaînent à son sujet : symbole franc-maçon ou manifestation extra-terrestre, représentation de la constellation de la Croix du sud, œuvre ratée d’un obscur peintre abstrait (ca c’est un ajout personnel)… Toujours est-il qu’il est impressionnant et constitue un point de repère appréciable pour les marins.

 Candélabre, cactus ou porte-manteau, au fond peu importe

                Arrivés à bon port, nous continuons la visite par la partie terrestre de la Réserve Nationale de Paracas. Il s’agit en fait d’un désert sédimentaire, peut-être le plus sec de la planète, même si la présence de fossiles de coquillages témoigne d’un passé plus humide. On le parcourt en mini-bus sur des routes de sel (qui rend le sol plus dur), menés par un guide qui répète ses explications en espagnol puis en anglais. Pour nous qui n’avions pas entendu un mot d’anglais ou presque depuis notre arrivée au Pérou, voilà un dur retour à la réalité touristique du pays ! Mais on se sent tout à coup très savants, étant les seuls vacanciers à comprendre les deux langues.
Le désert de Paracas offre à la vue des paysages grandioses entre terre et mer, notamment une plage de sable rouge comptant parmi les plus belles du pays. Çà et là on croise de véritables cimetières de coquilles Saint-Jacques, laissées là par des villageois sans scrupules (et/ou sans le sou…) ayant bravé l’interdiction pour les récolter par milliers. En effet, tous les 7 à 9 ans, le phénomène El Niño (courant chaud venu du Nord) réchauffe les eaux de la région et entraîne la prolifération de ces mollusques délicieux et lucratifs. A midi, on s’arrête dans un petit resto de bord de mer où les pélicans viennent partager les restes des repas (mais pour ce qui est de nos assiettes à nous, ils sont repartis bredouilles, pas question d’en laisser une miette !).

 Quand t'es dans le désert depuis trop longtemps...

 La plage rouge, c'est comme la Place Rouge, mais au Pérou
(oui, les légendes sont de plus en plus affligeantes)

                Il est déjà temps pour nous de quitter Paracas et de poursuivre notre marathon touristique, en poussant un peu plus au sud jusqu’à Ica, capitale du pisco (la boisson nationale, dont la gamme s’étend du vin distillé au vin cuit type porto), campée au milieu d’une oasis (la laguna Huacachina). Le décor est surprenant : cernés par des murailles de sable, on se croirait dans un petit bout de Maghreb.

Info ou intox : le Titanic serait en vacances au Pérou

La visite de la ville restera comme un des moments les plus difficiles du séjour : endormis dans les effluves du pisco sour (cocktail à base d’œuf, de citron, et, je vous le donne en mille, de pisco), on se réveille avec la dégustation des différentes variétés de pisco dans les magnifiques bodegas coloniales dédiées à sa fabrication. Il y a toujours une autre outre à goûter, et quand enfin on parvient à s’arracher des griffes de notre tortionnaire qui se prétend viticulteur, c’est pour mieux replonger dans les tonneaux de la bodega voisine. Ici, avec le soleil qui tape fort, tout excès se paye, surtout pour nos fragiles estomacs européens, et l’après-midi sieste n’est pas de trop pour reprendre nos esprits.

 En outre, le pisco saoule (jeux de mots, calembours)

            Ainsi s’achève le deuxième volet de notre saga « Le tour du Pérou en 20 jours chrono ». Au prochain épisode, vous découvrirez les splendeurs cachées d’Arequipa et du Cañon de Colca. A très vite !

NG (sauf les légendes, qui constituent un impressionnant travail d'équipe)


jeudi 3 mai 2012

Les bronzés font du ski dans les Andes


Bonjour à tous, amis lecteurs de l’autre bout du monde ! Nous n’avons pas donné de nouvelles ces derniers temps, et pour cause, nous nous étions lancés dans une infernale visite touristique des sites majeurs du Pérou en à peine plus de deux semaines. Défi réussi, et nous allons de suite vous faire partager cette expérience inoubliable, à travers une série d’articles nous l’espérons richement illustrés (si la connexion internet veut bien nous le permettre). Vous pourrez ainsi vous immerger au mieux dans la beauté et le mystère de ce pays à nul autre pareil, terre d’histoire, de contrastes et de gigantisme (vous l’aurez compris, ce voyage sera lyrique, bucolique et plein d’autres trucs en -ique).
               
1ère étape : Huaraz et la Cordillère blanche

        Notre périple a bien failli ne jamais avoir lieu : le hasard faisant bien les choses, nous avions sans le savoir programmé notre départ de Cajamarca le jour d’une importante manifestation contre l’exploitation minière de la région. Barrages de police, axes principaux coupés par les grévistes, on a bien cru ne pas pouvoir quitter la ville. Mais l’armée est intervenue et a vite dispersé les manifestants, nous rappelant que le respect des libertés individuelles est encore tout relatif dans cette partie du monde…
                Après ce triste épisode, nous avons avalé d’une traite nos 6 premières heures de bus (qui allaient en appeler bien d’autres) afin de rejoindre la chaude Trujillo, un peu plus au sud sur la côte. La ville n’a constitué pour nous qu’une brève escale, nous n’avons donc pas eu le temps de profiter de ses plages réputées, mais nous avons tout de même pu vagabonder dans son agréable centre à l’architecture coloniale.

 La Plaza de Armas de Trujillo

                11h de bus et quelques navets (précision : il n’est pas question de légume ici) plus tard, nous, nos bagages, nos espoirs et notre odeur corporelle prononcée rejoignons enfin notre première étape : Huaraz, au sein de la Cordillère blanche. La ville en elle-même ne présente pas de charmes particuliers, mais quel cadre mes enfants ! Nous sommes entourés de pics éternellement enneigés, dont le mont Huascarán, 6 700 m au garrot tout de même, ce qui en fait le deuxième plus haut sommet du continent américain et le plus haut sommet tropical du monde, excusez du peu. A côté, les Alpes paraitraient presque minuscules. A peine descendus du bus, on se met en quête d’un hôtel et on se retrouve enrôlés dans un circuit touristique de trois jours. C’est là qu’on se rend compte de l’intérêt de voyager hors saison : les agences de tourisme ayant beaucoup de mal à faire le plein, elles n’hésitent pas à venir à notre rencontre dès notre arrivée et à nous proposer les meilleurs prix (que nous négocions à la baisse quand même, coutume oblige. Bizarrement, nous n’avons eu aucun mal à assimiler cette pratique. Allez comprendre.).

 Huaraz et ses glaciers

                Premier jour, direction le site archéologique de Chavín de Huántar, centre cérémoniel pré-colombien majeur datant de 1200 av. J.C. Pyramide du soleil et de la lune, galeries labyrinthiques enterrées sous le temple, grande place rectangulaire, autel sacrificiel, pierres sculptées représentant des divinités à tête de serpent ou de félin… L’endroit est grandiose et énigmatique, et cette civilisation conserve encore une grande partie de ses mystères. Seul point noir, le guide a refusé de nous faire une démonstration de sacrifice rituel sur la personne de Julien, sous prétexte que les Chavín n’offraient à leurs dieux que des animaux. Dommage.

Complexe archéologique de Chavín (au fond, restes de la pyramide)

                Si le site en lui-même est très impressionnant, la route qui y mène l’est tout autant. Serpentant parmi les monts gigantesques, elle joue les montagnes russes, changeant brutalement d’altitude, et offre à la vue des paysages magnifiques (notamment un lac de montagne aux eaux émeraude dont j’ai perdu le nom). L’état pour le moins dégradé de la chaussée rajoute au charme du parcours, et c’est sans hésitation qu’on offre une petite pièce au courageux armé d’une pelle qui nous fraye un chemin au milieu des éboulis. Le voyage, assez long, a aussi été le théâtre d’un échange culturel passionnant avec notre guide péruvien, un argentin et un allemand, chacun apportant son point de vue sur nombre de sujets plus ou moins philosophiques. Morceau choisi : le guide nous demande quel a été le dernier conflit armé en France. Ce à quoi on répond en riant : « bin c’était avec l’allemand du siège de derrière… ». Vraiment enrichissant.

Vue du lac, qui porte visiblement le doux nom de Querococha

                Le deuxième jour, visite de nombreux sites d’intérêt. Je vous les cite en vrac. Carhuaz et ses surprenantes glaces à la bière, au vin ou au pisco (véridique). Comme quoi, l’abus de sucreries est vraiment dangereux pour la santé, la preuve on peut même finir saoul. Yungay, presque entièrement enseveli et détruit suite au tremblement de terre de 1970, celui-ci ayant provoqué la chute d’un morceau de glacier accompagné de coulées de boue. Seule la colline surmontée d’un grand Christ blanc a été épargnée et a pu abriter quelques rares survivants. Elle accueille désormais le cimetière, même si nombre de tombes anonymes ont été érigées au hasard sur les restes du village laissé en l’état. On peut distinguer les vestiges de l’église et une carcasse de bus de l’époque, entourés de 25 000 fleurs plantées là pour rendre hommage à chacune des victimes.

 Yungay, ses fleurs, ses monuments commémoratifs et au fond le Christ blanc

Balade autour de la lagune de Llanganuco et ses eaux vertes, au sein du parc national Huascarán, cernée d’imposants glaciers (nevados en espagnol) et de curieuses formations végétales.

La lagune de Llanganuco et sa végétation singulière

Et enfin petit arrêt dans la boutique d’un artisan travaillant encore avec un vrai tour de potier. Bref, une journée variée et riche en émotions.

                Pour notre dernier jour au cœur de la Cordillère blanche, nous avons gravi le glacier de Pastoruri. Pour y parvenir, marche d’une demi-heure sous une tempête de fine grêle. A 5 200 m d’altitude, la respiration est difficile, et nous progressons lentement. Mais le glacier aux reflets bleutés et aux courbes aguicheuses méritait bien un petit effort, jugez-en par vous-mêmes.

Un sourire devant le glacier s'il vous plaît

Sur le chemin, on croise un cadre idyllique protégé par le Parc National, entre les sources d‘eau gazeuse jaillissant au milieu des herbes rases, les peintures rupestres et les forêts de Puya raimondi, broméliacées (famille des ananas) géantes ressemblant à s’y méprendre à de superbes chibres (ou phallus pour les incultes) de 6 à 10 m de haut !

Vous avouerez que la ressemblance est frappante (pour l'échelle, vous référer au charmant jeune homme sur la droite de la photo)

                On laisse là la Cordillère blanche et ses paysages de carte postale pour rejoindre, moyennant 6h de bus supplémentaires, la capitale Lima et sa brume légendaire. On y reste un jour pour accueillir Maxime, le frère de Clément, qui nous accompagne pour la suite du tourisme (j’espère qu’il mesure sa chance), puis on repart jusqu’à Paracas, sur la côte sud, où nous attendent d’autres images inoubliables.

NG

mardi 10 avril 2012

Le projet avance ! (au rythme péruvien...)


                Voilà déjà plus d’un mois que nous foulons le sol péruvien pour défendre la noble cause de l’association Agro Perú Niños : soutenir le développement du hameau de Siracat par l’agriculture. Il est donc grand temps de faire le point sur l’avancée du projet jusqu’à maintenant, de vous expliquer comment on travaille, les difficultés qu’on rencontre… Notez que cet article s’adresse aussi bien aux élèves des écoles (moyennant l’utilisation d’un dictionnaire, car vous allez enrichir votre vocabulaire) qu’à nos lecteurs les plus assidus (et même aux personnes qui seraient tombées sur le blog par hasard).

                A peine a-t-on posé le pied à Lima que déjà notre première mission, si on l’acceptait, pointait le bout de son nez : envoyer un e-mail à toutes les personnes qui ont, de près ou de loin, participé au projet par le passé. Et là, premier échec. Visiblement, le mail n’est pas le mode de communication favori des péruviens : on n’a obtenu qu’une seule réponse, celle du nouveau maire de Cospán (c’est le village auquel appartient Siracat). Mais nous ne nous sommes pas découragés pour autant (et heureusement, parce que comme vous allez vous en apercevoir, on n’était pas au bout de nos peines !).
                En réalité, la vie du projet se décompose en deux parties bien distinctes :
-          Une partie se déroule à Cospán et Siracat, lieux directement concernés par la mission APN. Là, on peut discuter avec les acteurs locaux du projet : la mairie de Cospán, le directeur du collège de Siracat, Martín, le professeur d’agronomie, relais d’APN sur place, les poules, les vaches, sans oublier les élèves du collège et leurs familles. Cela permet de voir l’avancée des différents travaux entrepris, de collecter les impressions et les nouvelles idées. Il est aussi important d’être simplement présents sur place pour montrer aux villageois que l’association travaille et tient ses engagements.


Le collège de Siracat, oasis de savoir au milieu des Andes

-          L’autre partie se déroule à Cajamarca, capitale de province, siège du gouvernement régional, ce qui équivaut à peu de choses près à un conseil régional français. C’est là que nous adressons les demandes de subventions pour du matériel ou des constructions, c’est là que nous rencontrons les personnages influents et que nous entreprenons toutes les démarches administratives.

Vue aérienne de Cajamarca

Vous l’aurez compris, les deux parties sont indispensables et complémentaires, et cela nous amène à faire des allers-retours réguliers entre Cospán et Cajamarca, séparées par six heures de routes cahoteuses. Je vais maintenant rentrer un peu plus dans les détails.


                Notre premier séjour à Cospán a été l’occasion de vérifier l’implication du village dans le projet. Nous avons tout de suite été rassurés : le professeur Martín nous a semblé toujours aussi motivé et débordant d’idées neuves pour améliorer l’enseignement agricole au collège. Quant à la mairie, elle semble elle aussi s’être imprégnée du projet. Elle a notamment décidé de financer la construction d’une réserve d’eau pour le collège, qui n’avait jusqu’à maintenant accès à cette ressource indispensable aux travaux pratiques qu’une fois tous les 22 jours ! L’idée est de remplir cette réserve à chaque fois et de s’en servir jusqu’à la prochaine arrivée d’eau. Le maire a promis que les travaux débuteraient bientôt, ce qui serait une très bonne nouvelle quand on sait que la saison sèche commence en mai-juin. On a bon espoir de voir le bassin terminé avant notre départ. La mairie a également acheté quelques outils agricoles (pelles, bêches…) qui permettront aux élèves de s’initier aux travaux des champs.

                Lors de notre visite du collège de Siracat, Martín nous a expliqué les différents aménagements qu’il avait prévus : il sait déjà où il veut planter arbres et arbustes, et quelles espèces il veut utiliser, forestières ou fruitières. Il nous a montré l’emplacement du futur laboratoire de transformation, qui offrira un véritable plus aux travaux pratiques proposés aux enfants et pourra aussi servir à long terme à vendre des produits agricoles transformés (yaourts, confitures, jus de fruits…). Par ailleurs, il s’est dit très intéressé par le démarrage d’un élevage de petits animaux, lapins (conejos) et cochons d’Inde (cuyes). Les élèves pourraient ensuite en ramener chez eux afin de les dresser et de monter un numéro de cirque. C’est une blague bien sûr, l’idée est de commencer leur propre élevage et ainsi de diversifier leur alimentation. Le professeur nous a en plus communiqué son intérêt pour l’achat d’un vidéoprojecteur et de l’ordinateur qui va avec, afin de pouvoir proposer aux enfants des illustrations sur les différents points abordés en cours.

                Avec Martín, nous avons également discuté de la création d’une association APN locale, qui serait constituée de parents d’élèves par exemple, et d’une coopérative agricole regroupant les différents agriculteurs de Siracat, voire de Cospán dans son ensemble. Mais pour l’instant, ces deux points n’ont pas vraiment avancé. Il a aussi été question de mettre en place une formation agricole pour les adultes du village, idée lancée par Bertrand, le vice-président d’APN, lors de sa visite en novembre dernier. Nous nous sommes adressés à l’Université de Cajamarca, afin de savoir s’ils pouvaient envoyer des professeurs spécialistes, qui viendraient le temps d’un week-end assurer les parties théorique et pratique. Nous avons retenu deux grandes thématiques, qui feraient l’objet de deux week-ends de formation distincts : une thématique « Recyclage et production d’engrais organique » et une thématique « Usage de l’eau et gestion des terres ». Le 30 avril, une réunion avec les gens du village viendra fixer les dates des formations et permettra de décider où et comment elles seront réalisées. Enfin, on a mis sur la table le problème de la gestion des déchets du village, pas du tout organisée à l’heure actuelle. Après discussion avec la spécialiste de la question à la mairie de Cajamarca, nous avons convenu qu’elle se rendrait prochainement à Cospán afin de sensibiliser les habitants et de choisir une fois sur place la solution la plus pratique. L’idée retenue pour l’instant serait de trouver un endroit où stocker temporairement les déchets avant de les acheminer par camion jusqu’à Cajamarca, où ils seront traités. Voilà pour les différents points abordés, voyons maintenant ce qu’il est advenu de ces belles initiatives une fois que nous avons adressé les demandes officielles aux organismes concernés.

Photo qui n’a rien à voir avec le propos de cet article mais qui a au moins le mérite de vous permettre de souffler avant la dernière ligne droite


                Vous pensez que l’administration française est une catastrophe ? Attendez de connaître celle du Pérou ! Pour vous en donner une image précise, elle ressemble à s’y méprendre à la « Maison qui rend fou » des 12 travaux d’Astérix. Je vous conseille de voir ou revoir cet excellent dessin animé, il est très représentatif de notre quotidien à Cajamarca. Nos différentes demandes se promènent allègrement de service en service, de département en département, jusqu’à ce que quelqu’un ait la bonne idée de vérifier de quoi elles parlent et qui serait susceptible de les financer. Mais ce serait trop simple si le jeu de pistes se limitait à ça. Rajoutez-y les indications floues voire erronées sur la direction à suivre et la personne à rencontrer, et même parfois des incompréhensions complètes entre nous et nos interlocuteurs (à leur décharge, notre espagnol n’est pas encore d’une fluidité exceptionnelle). Tant et si bien qu’on a parfois l’impression de devoir résoudre des énigmes ! Mais rassurez-vous, à force de courage et d’abnégation (en voilà un mot compliqué !) on finit par obtenir des résultats, la preuve dans le paragraphe suivant.

Bertrand, en novembre dernier, avait remis au Gouvernement régional la demande de financement de graines améliorées pour la pépinière du collège et des différents outils et appareils nécessaires au laboratoire. Après quelques péripéties et de nombreuses visites, nous avons appris que celle-ci avait été transmise à la Direction régionale de l’agriculture et archivée. Il s’était écoulé trop de temps entre la dernière visite de Bertrand et notre arrivée. Nous avons donc dû nous adresser au directeur, qui a reconsidéré notre demande et nous a annoncé qu’il pensait en financer au moins la moitié. Il doit nous recontacter sous peu pour confirmer. En ce qui concerne le laboratoire en lui-même, nous sommes en passe d’obtenir le devis de construction, grâce au soutien de l’ancien maire de Cospán, Luciano Mendez Alcantara. En toute logique, les travaux devraient donc débuter dans les mois qui viennent, mais prudence…

En revanche, la demande pour le vidéoprojecteur et l’ordinateur a été refusée. Nous allons donc probablement financer nous-mêmes cet achat, à l’aide des fonds que nous avons réunis grâce à vous avant notre départ. Vous me ferez donc remarquer, à juste titre : « Mais alors, où est la vraie bonne nouvelle ? ». J’y viens, lecteurs incrédules, j’y viens ! En effet, la demande pour les lapins et cochons d’Inde a été acceptée ! Bon certes, pas vraiment comme on l’attendait : là où nous pensions obtenir l’argent nécessaire à l’achat de ces sympathiques bestioles, nous avons en fait eu droit… aux bestioles elles-mêmes, en chair et en poils ! Nous sommes donc en train de réfléchir au meilleur moyen de transporter 20 cochons d’Inde et 20 lapins entre Cajamarca et Siracat, sachant que le combi qu’on utilise habituellement peine déjà à accueillir ses passagers humains…

Vous l’aurez compris, le projet n’est pas de tout repos, mais c’est aussi ça qui le rend si intéressant et enrichissant ! Et puis l’avantage, c’est que désormais la mairie de Cajamarca, le Gouvernement régional et autre Direction régionale de l’agriculture n’ont plus de secrets pour nous ! Et pour l’anecdote, le vigile (avec arme et gilet pare-balles) à l’entrée du gouvernement nous connaît si bien maintenant qu’il nous salue et qu’on rentre comme dans un moulin, alors qu’au début on devait montrer patte blanche et expliquer longuement ce qu’on venait faire ici !

NG

Différences culturelles


C’est encore Julien pour vous parler de quelque chose de très important quand on voyage : les différences de culture, de manières de vivre etc…

Première surprise (et pas des moindres) : une fois sur place, on s’aperçoit qu’il y en a beaucoup moins que prévu ! Les villes sont très européennes ou plutôt américaines dans leur architecture. On retrouve immeubles, plans en damier, petits espaces verts… Cependant, à force de vivre ici, de rencontrer des gens, de voir leurs petites manies… on se rend quand même compte que non, on n’est vraiment plus en Europe, surtout en allant à la campagne.

La différence la plus importante, dans le sens qu’on la retrouve partout, en ville comme à la campagne, c’est le machisme ambiant.

 En ville (Lima, Cajamarca) on le retrouve sous la même forme qu’en France mais de manière plus marquée : les femmes sont cantonnées aux métiers «  de femmes » : secrétaire, vendeuse, serveuse, femme de ménage…  Le « bon » côté de tout ça c’est que les hommes sont très galants.

 Mais c’est à Cospán que la différence homme-femme est la plus notable. Deux petites anecdotes pour expliquer. La première fois que nous avons été à Cospán, nous avons participé à une réunion animée par le maire avec les habitants du hameau de Siracat. Le but de la réunion importe peu. Nous avons tous les 4 été très surpris car les hommes et les femmes ne se mélangeaient pas ! Les hommes en face et à gauche de nous, les femmes sur la droite. On a retrouvé cette séparation chez les élèves lorsque nous avons fait nos cours de Français. Tout ça reste finalement assez amusant à voir mais pas très « grave » puisque les femmes avaient le droit de s’exprimer  pendant la réunion.

À l’inverse, une autre situation nous a mis assez mal à l’aise. Lors de notre deuxième séjour à Cospán, Martin – le professeur du collège avec lequel nous travaillons - nous a proposé de manger chez lui. Nous sommes donc arrivés vers midi, ledit Martin n’était pas encore rentré de son travail aux champs (quasiment tous les habitants de Cospán sont agriculteurs en plus d’une autre activité). Sa femme nous a tout de même invités à passer à table… sans elle. Elle, ainsi que la mère de Martin sont restées à la cuisine tout le temps où nous mangions, se contentant de faire le service, malgré notre insistance à les faire venir avec nous. Lorsque Martin et les autres hommes qui travaillaient avec lui sont rentrés, elles ont recommencé… à tel point que je serai incapable de dire si et quand elles ont mangé !

Dernière chose là-dessus. A Cospán toutes les femmes passent leur temps à tricoter/filer  la laine/ faire des chapeaux… Ça donne des choses très jolies et c’est impressionnant de les voir faire en marchant, en discutant, en faisant les courses etc… mais ça reste assez troublant pour des petits européens que nous sommes de les voir cantonnées à ce genre d’activités.

Petit point intéressant tout de même, (presque) partout où nous allons Cloé ne subit pas le machisme ambiant. Comme elle est tout le temps avec trois hommes, elle « peut » participer à toutes les activités sans distinction de sexe. Elle est donc considérée comme un homme dans cette société… certainement parce qu’elle est étrangère… enfin j’espère :D



Autre différence importante : la manière de conduire. Ici le code de la route, même s’il existe en théorie, n’est pas vraiment appliqué…  En ville, les priorités à droite sont remplacées par des priorités… à celui qui passe en premier, ou celui qui klaxonne le plus fort, ça dépend des fois. A la campagne, les panneaux de limitation de vitesse sont là uniquement pour la forme, mais bon en règle générale le relief et les routes sinueuses empêchent de rouler trop vite.

Il y a des différences à l’école également. Chaque école a son uniforme que les élèves sont obligés de mettre tous les jours.  Au collège de Cospán, chaque journée de cours commence et se termine par une sorte de « discours » du directeur, les élèves sont alors en rang alignés devant le collège et encore une fois, ils sont rangés par classe ET par sexe.



Les élèves en rang devant le collège


Encore deux ou trois petites choses :

-          Ici on fait une bise, pas deux.  Et on ne fait pas la bise à une femme qu’on ne connait pas mais une simple poignée de main.

-          Si les gens vous croisent juste 30 secondes, ils vous serreront la main une fois pour dire bonjour… et une pour dire au revoir. Très (trop?) poli donc.

-          Les gens crachent… tout le temps. A Cospán ça reste compréhensible puisque tous les hommes chiquent des feuilles de coca (voir article sur……..) mais en ville ça l’est beaucoup moins. Pour la petite histoire, la gérante du premier hôtel où nous sommes descendus crachait… même à l’intérieur de son propre hôtel !!



Voilà, je pense avoir fait le tour des choses que nous avons remarquées. Il est possible que j’en ai oublié ou que d’autres nous paraissent normales après un peu plus d’un mois ici donc n’hésitez pas à demander !



JM.

mardi 3 avril 2012

Le Pérou c'est quoi en fait?



Comme Clément l'a expliqué dans son article sur les cours que nous avons fait, les élèves péruviens connaissent très mal la France et même l'Europe. Mais sommes nous vraiment mieux informés?!
Personnellement, ce qui me venait à l’esprit quand on me parlait de Pérou avant de partir – et donc ce qui m’a donné envie de partir - était en grande partie issu des 7 boules de cristal et Le temple du soleil de Tintin. Ce qui se résumait donc à peu de chose près à ça :
-          Les lamas (quand lama fâché, lui toujours faire ainsi)
-          La montagne
-          Les bonnets péruviens
-          Et bien sûr, les Incas et le Machu Picchu (qui n’est pas dans Tintin… on est d’accord)



Seulement, dès notre arrivée à Lima, nous nous sommes rendu compte que le Pérou c’est bien plus que ça ! En une semaine de tourisme dans la capitale péruvienne nous avons entendu parler de la culture Wari, de Simon Bolivar ou encore d’un Sentier Lumineux.  Je vais donc essayer de reprendre les grandes lignes de l’histoire péruvienne, mais aussi de sa géographie particulière. Je sais que tout le monde sera ravi J. Je remercie par avance le Guide du routard, le Petit futé ainsi que Wikipédia pour leur aide précieuse.

Le Pérou se décompose en 3 zones :
  • -          La côte, aride, en espagnol costa.

Le Pérou donne sur l’océan pacifique… contrairement à l’image que l’on peut avoir de cet océan – en vrac iles paradisiaques, surfeurs et jolies filles en petites tenues -  l’eau est TRES froide, due au courant Humboldt! Du moins, c’est ce que nous avons constaté à Lima. Il semblerait, Guide du routard à l’appui que ce soit mieux dans le nord du Pérou… bientôt la réponse.  Une particularité de la côte à cause de cette eau froide est le brouillard présent tous les matins, appelé garúa, ainsi que l’absence de pluie : Il ne pleut à Lima que 2 jours par an et seulement 7 mm (contre 750 à Lille). Les 8 millions d’habitants de la capitale péruvienne dépendent donc de la montagne pour leur alimentation en eau. Actuellement une véritable crise de l’eau se profile. Depuis la création de la ville, l’eau provient des pluies l’hiver et de la fonte des glaciers l’été,  aujourd’hui ces glaciers sont en train de disparaître… la faute au réchauffement climatique !
  • -          La cordillère des Andes, où nous sommes, appelée sierra en espagnol.

Avec ces 7 000 km de long, la cordillère est la plus longue chaine de montagnes du monde, elle s’étend de l’Equateur au sud du Chili en traversant le Pérou, la Bolivie et une partie de l’Argentine.  Le climat se décompose en deux saisons. De mai à octobre, c’est la saison sèche, pas une goutte de pluie, le reste de l’année il faut compter avec de grosses pluies. On a d’ailleurs pu expérimenter le climat « saison des pluies » de Cospán tout à fait particulier. Le matin grand soleil, l’après-midi pluie et/ou brume – qui est en réalité un nuage…
une apres midi normale à Cospan

matinée à Cospan










Un autre point très important des Andes est l’abondance des gisements de métaux, fer, zinc, plomb, argent et or. Ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes environnementaux, j’aurai l’occasion de refaire un article détaillé sur le sujet.
  • -          La selva, la jungle.

Nous n’y avons pas encore mis les pieds. Mais selon le Guide du routard (c’est un peu ma bible en ce moment…) cela correspondrait tout à fait à l’image qu’on peut en avoir vu de France : animaux exotiques (puma, singes, tapir…), énormément de plantes diverses et variées et indiens cannibales… enfin ils l’étaient avant… enfin j’espère…

Voilà pour le cadre.

Côté histoire, on a bien souvent que les Incas sont le seul peuple a avoir peuplé les Andes. Cependant bien que les Incas aient construit un empire impressionnant – sur presque toute la Cordillère, ils n’ont commencé à dominer la région qu’à partir de  1438 soit presque au début de la Renaissance en Europe !

Et avant?! et après?!

Il y a bien des choses à dire donc nous prendrons la peine de refaire un artcile uniquement sur le sujet.



JM.

lundi 2 avril 2012

Bonjour, comment ca va?


« Vous voulez un cours de maths ou de francais ? » Qu’est-ce que tu aurais répondu, toi, à cette question ? Et bien l’élève de Siracat, lui, il n’a pas hésité bien longtemps. « Frances, frances ».  Sage décision. Les maths ne m’ont jamais fasciné.
C’est donc par un beau jeudi de mars que nous avons adressé ce choix aux élèves du 1er grade, déjà accrochés aux fenêtres de leur classe avant notre entrée pour apercevoir ces « gringos » parlant un bien étrange langage. Le collège compte 5 grades, le 1er étant le plus bas (12-13 ans). Nous avons  fait 3 cours en tout (1er, 3e et 4e grades),  en 3 jours.  
 

Le collège de Siracat 

C’est donc avec quelques notes et 16 paires d’yeux braquées sur nous que nous avons entamé un petit exposé sur la France et l’initiation à la langue qui va avec. Nous avons choisi de présenter des choses assez concrètes, telle la géographie pour commencer. Les élèves ne savaient pas situer la France (ni même l’Europe pour les 1er grades), ce qui n’est pas étonnant vu la distance qui les sépare de notre pays : environ 10 000 km !
Nous avons ensuite balayé les grands thèmes qui permettent de comparer les modes de vie péruvien et français : le système éducatif, l’alimentation, les endroits les plus touristiques (la tour Eiffel par exemple), les différents modes de transport, le sport, la religion, la maison typique française, et le physique européen. Sur ce dernier aspect, il faut savoir que les péruviens présentent une similitude forte : de petite taille, les yeux marrons, la peau hâlée et les cheveux bruns. Face à la diversité européenne (taille, couleur de peau, yeux et cheveux), il est certain que les péruviens restent toujours surpris de nous croiser dans la rue.


Les élèves en pause

Et puis la partie la plus intéressante et la plus marrante du cours : l’apprentissage de mots ou de phrases basiques en français. Dans les trois classes, la curiosité et l’enthousiasme étaient de la partie. Quelques exemples de mots : Buenos días = Bonjour, ¿Cómo estás ? = Comment ça va ?, Adíos = Au revoir, ¡Hasta luego ! = A bientôt ! Note qu’en espagnol il y a deux points d’interrogation et d’exclamation : 1 renversé en début de phrase et 1 normal en fin de phrase, et que les péruviens trouvent notre système plus simple (logique après tout). 
Les élèves, ensuite, réclamaient eux-mêmes des mots divers : noms d’objets, d’animaux… Ils ont, de manière générale, du mal à prononcer certains mots car certains sons n’existent pas en espagnol. Il n’empêche qu’il y avait toujours un élève par classe qui parvenait à dire tous les mots très bien. Si tu te reconnais dans cette dernière phrase, alors n’hésite pas, tu es fait pour les langues. Et enfin, nous finissions chaque cours en traduisant le prénom de chaque élève par un équivalent français. Nous nous sommes alors très vite aperçus que beaucoup d’entre eux portaient des noms qui ne sont plus utilisés chez nous. Quelques illustrations : Albert, Alfred, Hyacinthe, Gilbert…
Nous avons même parfois poussé la chansonnette, guidés par Nicolas, illustre juke-box de la bande.
 Joe Dassin et Francis Cabrel restaient les plus faciles à chanter. Le dernier cours (au 3e grade) a même été l’occasion de passer quelques chansons grâce à notre ordinateur, dont un Fatal Bazooka glissé de manière habile entre deux extraits. Cloé et Nicolas auront esquissé quelques pas de valse au premier cours mais l’expérience ne fut pas renouvelée, notre maladresse dans le domaine ayant tout de même suscité des rires, et c’est bien là l’essentiel.
Un bien bel échange en résumé qui nous laissera à coup sûr une très belle image dans notre mémoire qui ne cesse de se remplir et ce, pour notre plus grand plaisir. 

CV.


L'equipe de professeurs

jeudi 29 mars 2012

Cospán nous voilà !


                 Chacun d'entre nous possède, quelque part au fond de soi, un besoin d'évasion et de découverte, une envie d'ailleurs, une soif de sensations nouvelles, bref une âme d'aventurier quoi. Selon les cas, elle peut être plus ou moins enfouie et plus ou moins exacerbée (la mienne, par exemple, était bien cachée et presque étouffée entre une flemme chronique et un carcan d'habitudes). Si pour certains, quitter le confort douillet de leur maison pour la jungle du supermarché du coin est déjà une aventure en soi, la nôtre nous a conduits, dimanche 4 mars à 1h du matin, à monter dans le combi direction Cospan (c'était le paragraphe philosophie).
            Six bonnes heures de routes chaotiques à flanc de falaise dans un minibus bondé, dos à la route, avec le sommeil qui voudrait bien venir mais doit s'incliner tous les 10 mètres face à un nid de poule qui vous décolle de votre banquette, je vous assure que le trajet est pour le moins épique. Surtout quand le chauffeur demande à la petite vingtaine de passagers de bien vouloir descendre et continuer à pied un moment parce que le poids du véhicule chargé est trop important pour franchir le chemin accidenté... (c'était le paragraphe action et suspense)
            Mais les premières lueurs du soleil nous ont confirmé que le jeu en valait la chandelle : paysages grandioses, montagnes verdoyantes, petites habitations comme posées là, à même la pente vertigineuse (et même quelques maisons bleues adossées à la colline), nous voilà dans les Andes, les vraies, celles qu'on ne voit que dans les livres ou les reportages télé. La fin du périple s'avère ainsi bien plus agréable : rien de tel qu'un rêve éveillé pour vous tirer de votre état comateux et vous faire oublier vos courbatures !

 Vue des Andes depuis le combi

              Organisé autour d'une petite place lumineuse et proprette, tout ici respire la simplicité et la quiétude. Finis la pollution et le vacarme assourdissant des klaxons ! Notre petit-déjeuner à l'auberge du coin est à peine avalé qu'on peut tester l'hospitalité des habitants : on se retrouve obligés d'accepter, à 9h du matin, un apéro à base de chicha (boisson alcoolisée issue de pommes fermentées) et de bière gracieusement offert par quelques joyeux lurons du village, Milton, Fernando et Vilmer (l'orthographe des noms n'est pas garantie). Vous nous connaissez, on aurait volontiers refusé l'invitation, mais il paraît que ça ne se fait pas alors on a pris sur nous et on s'est forcés à ingurgiter un verre ou deux (ou trois...). Inutile de dire qu'avec la fatigue du trajet et la nuit blanche qu'on venait de passer, la conversation devint pour le moins guillerette, voire enjouée, mais c'est un excellent moyen de travailler son espagnol, on ne saurait trop vous le conseiller.

Le petit village de Cospán

            Le reste du temps se partage entre rencontres avec les habitants et découverte de nos appartements, mis gratuitement à notre disposition dans l'ancien poste de santé. Couvertures, matelas, électricité, toilettes et douche (froide tout de même), on est gâtés, c'est presque mieux qu'à l'hôtel ! Pour ma part, j'ai été assez déçu : dans ces conditions, aucune chance de croiser une tarentule grosse comme le poing ou autre joyeuseté typique.

Séance de travail dans notre coquette chambre

            La journée se termine (tôt) par une petite visite à l'une des figures locales, le curé Vidauro Perez (que les gens appellent « Hermano », soit frère, en espagnol), qui a fait le voyage avec nous depuis Cajamarca. Mais difficile à ce moment-là de deviner qu'il s'agissait d'un homme d'église, que ce soit à sa tenue vestimentaire pour le moins particulière (je pense notamment à son inoubliable bonnet Machu Picchu fort bien assorti à son jogging) ou à son attitude tout court, celui-ci ayant passé la majorité du trajet à plaisanter avec son voisin d'à côté. J'aurais volontiers retranscrit dans ces lignes quelques-uns des passages les plus croustillants, adepte que je suis des bons mots et des blagues d'un goût douteux, malheureusement mon niveau en espagnol ne me permet pas encore de saisir les échanges de gauloiseries. La seule chose dont je sois sûr, c'est que ça faisait bien rigoler son petit camarade. Quoi qu'il en soit, voilà un prêtre bien loin des clichés occidentaux ! On aura l'occasion de vous en reparler, voire même de lui consacrer un article tant le personnage vaut le détour !

            Le lendemain, après avoir profité d'une bonne nuit de sommeil et d'un copieux petit-déjeuner amplement mérités, on monte dans un pick-up qui nous emmène jusqu'au hameau voisin de Siracat, où se trouve le collège soutenu par APN. Là, nous avons assisté plutôt que participé à une grande réunion entre le maire de Cospan, Ronald Alcantara, des ingénieurs spécialisés dans l'irrigation et les habitants de Siracat, autour de la problématique de l'eau. Pour l'anecdote, il tombait à ce moment-là une pluie torrentielle, tant et si bien que le brouhaha de la pluie frappant inlassablement le préau qui nous abritait couvrait régulièrement la voix de la personne qui parlait !
            Cette discussion nous a laissé une impression mitigée : d'un côté, la municipalité semble réellement s'investir dans l'avenir du village et prendre des mesures concrètes pour améliorer les conditions de travail agricole. On a par exemple appris qu'un réservoir d'eau pour le collège devait être construit sous peu. D'un autre côté, moins reluisant,  le maire s'est fendu d'un discours très démagogue et, chose qui nous a déplu, il a visiblement profité de notre présence comme d'une vitrine pour appuyer ses propos, n'hésitant pas à nous qualifier « d'amis européens venant nous apporter leur technologie avancée »... Difficile donc de démêler les vraies volontés d'évolution des manoeuvres politiques.
            Mais force est de constater que les choses avancent : outre le réservoir, le maintien des cours d'agronomie au collège pour cette année est d'ores et déjà assuré, et la mairie a financé l'achat de petit matériel agricole, de type pelles et pioches, qui permettront aux professeurs de donner des punitions utiles aux élèves perturbateurs. Je plaisante bien entendu, le but est évidemment d'effectuer quelques travaux pratiques. Mais l'idée n'est pas si mauvaise, je m'en vais de ce pas la soumettre au directeur. Autre bon point, un ingénieur en hydraulique dépêché par la mairie doit effectuer le week-end prochain un état des lieux du système de canalisations actuel, véritable point noir du village, qui devrait déboucher (excellent jeu de mots) sur une amélioration à court terme, en partenariat avec les acteurs locaux, agriculteurs notamment.
            Après-midi détente pour nous remettre de nos émotions : Milton nous a proposé une petite visite guidée du village, et notamment de Shingo Wasi (le shingo est un rapace charognard local à l'allure singulière, assez proche du vautour, pas farouche pour un sou et visiblement friand de lacets de chaussures), mirador offrant un point de vue imprenable sur le village et les monts qui l'entourent. Magnifique ! Il nous a également fait goûter à un fruit inconnu en France, le poro-poro, particulièrement acidulé et à l'aspect inhabituel.

 Les aventuriers du mirador perdu

Les escaliers de la mort

            Le reste de la semaine, rythmé par la pluie qui vient systématiquement agrémenter les après-midi et rend les chemins difficilement praticables, a surtout été consacré à une grande mise au point sur le projet avec Martín Alcantara, professeur d'agronomie du collège de Siracat et relais d'APN sur place. Bonne nouvelle, il est extrêmement motivé et déterminé, et les choses ont bien avancé sous son impulsion. Il est très agréable de constater qu'APN n'est plus indispensable au bon déroulement du projet. Au final, notre rôle sera majoritairement d'apporter des idées neuves et d'effectuer des démarches administratives auprès de la mairie de Cajamarca ou du gouvernement régional. Le but, obtenir des subventions pour le financement du laboratoire de transformation, pour l'achat de matériel agricole, de semences d'arbres fruitiers améliorées, d'un vidéo-projecteur pour illustrer les cours et d'une vingtaine de lapins et cochons d'Inde (le cuy, retenez bien son nom, surtout que la prononciation locale de ce mot amène un certain nombre de situations cocasses, je vous laisse deviner), dans le but de démarrer un élevage. On vous en reparlera en détails dans un prochain article tout aussi passionnant.
            Martin nous a aussi informé de l'ouverture imminente à Cospan d'une annexe de l'IEST de Cajamarca, Institut d'Education Supérieure Technologique, qui proposera dès avril aux jeunes du village une filière Agriculture et élevage. C'est une formation sur 3 ans dispensée sous forme de cours du soir, et il y a un concours d'entrée. Pour l'instant le contenu reste un peu flou, on essaiera d'en savoir plus (oui, c'est un paragraphe sans blague de mauvais goût, un peu de sérieux je vous prie, on parle du projet là !).
            Tout au long de la semaine, la bonté des habitants du village s'est encore vérifiée. On a notamment été invités à manger chez Dora, mère de trois enfants, qui nous a offert un plat consistant, composé de pas moins de quatre féculents ! Riz + patates + yucca (variété de manioc, assez indigeste) + une sorte de pois chiche, voilà qui peut venir à bout des appétits les plus féroces ! Malheureusement, c'est aussi très représentatif des déséquilibres alimentaires dont souffrent les péruviens, criants dans ce petit village andin.

            Voilà, c'est tout pour aujourd'hui, mais d'ici peu un nouvel article vous relatera nos derniers exploits en date à Cajamarca. Peut-être même aurez-vous droit à quelques lignes sur les moeurs et coutumes péruviennes par notre envoyé spécial Julien Macrelle, qui s'investit à fond dans son sujet, mais actuellement les contraintes techniques viennent entraver nos belles idées d'articles, alors patience !